Le MERS-CoV menace-t-il le continent africain ?

Le Middle East respiratory syndrome (MERS) est une maladie mortelle, due à un coronavirus (MERS-CoV). Il a été identifié pour la première fois chez l’homme en 2012 en Arabie Saoudite. La principale espèce-réservoir du MERS-CoV est le dromadaire, animal largement présent dans de nombreux pays d’Afrique. Comment expliquer que ces transmissions inter-espèces soient observées fréquemment dans la péninsule arabique et nulle part ailleurs où les dromadaires évoluent ? Des premiers éléments de réponse sont apportés dans un article publié dans la revue PNAS le 5 mars. Ces travaux associent des chercheurs du Cirad, en collaboration avec l'IRD et plusieurs partenaires africains, à une équipe internationale pilotée par le Professeur Malik Peiris, co-directeur du Pôle de Recherche Pasteur Université de Hong Kong

Des différences génétiques et phénotypiques entre les coronavirus expliqueraient pourquoi une épidémie du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS-CoV) a éclaté chez l’homme dans la péninsule Arabique en 2012, sans jamais se déclarer au Maroc, au Nigeria, en Éthiopie et au Burkina Faso où le virus circule pourtant intensément chez les dromadaires. C’est ce que rapporte une étude publiée dans la revue PNAS, menée par l’Université de Hong-Kong, le Cirad, des institutions africaines et dans le cadre d’une importante collaboration internationale**. Avec un taux de létalité  chez l'homme de 35 %  environ,  sans traitement, ni vaccin disponibles, cette maladie virale fait aujourd’hui partie des  10 maladies émergentes prioritaires en termes de recherche et de diagnostic, selon l’Organisation mondiale de la santé.

Les souches de  MERS-CoV qui circulent chez les dromadaires africains sont différentes de celle isolées dans la péninsule Arabique, seule région du monde où des cas autochtones de la maladie MERS ont été déclarés (hormis les cas déclarés après voyages et les transmissions nosocomiales). Les résultats de ces travaux montrent qu’il n’y a pas de contacts et donc de recombinaisons entre ces souches. « Le MERS-CoV d’Afrique du Nord et de l’Ouest constitue un sous-groupe qui diffère non seulement de ceux du Moyen-Orient, mais également de celui l’Afrique de l’Est,  » explique Véronique Chevalier, épidémiologiste au Cirad et une des coauteures Cirad de la publication. Ces légères différences génétiques entre les virus isolés dans la péninsule Arabique et ceux présents chez le dromadaire en Afrique de l’Ouest et du Nord pourraient expliquer l’absence de transmission à l’homme dans ces régions.

« Nous poursuivons nos travaux portant sur les mécanismes et les facteurs de transmission au sein des populations camelines et des dromadaires à l’homme, précise Véronique Chevalier, en particulier en Afrique de l’Est où l’absence de cas humains déclarés avec un virus proche de celui isolé dans la Péninsule arabique reste à être étudier plus précisément.   » Ainsi, en Éthiopie, dans le cadre du programme mené par l’Université de Hong-Kong et le Cirad, deux doctorants sont co-encadrés en partenariat avec les Universités d’Haramaya pour la santé animale (par le Cirad et l'IRD) et d’Addis-Abeba pour la santé publique vétérinaire et les risques de transmission à l’homme (par HKU-PRP et le Cirad).

« Les dromadaires ont une grande importance sociale, culturelle et économique dans les pays où ils sont présents. Leurs capacités d’adaptation et de résilience sont extrêmement intéressantes dans le contexte du changement climatique. Nous continuons les études en écologie et épidémiologie pour mieux comprendre leurs rôles dans la diffusion de plusieurs maladies animales et zoonotiques, » poursuit François Roger, codirecteur de l’UMR ASTRE du Cirad.

Ces recherches s’inscrivent dans le concept d’« une seule santé » (One Health) qui prône que la santé des populations animales et humaines doivent être étudiées de manière conjointe dans leurs contextes écologiques et socio-économiques.

Publiée : 15/03/2018

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